Fin de la trêve hivernale : pas d’ expulsions ! Des relogements !

Vendredi 30 mars se tenait le conseil municipal de Toulouse, occasion pour le DAL et d’autres associations d’installer un campement provisoire afin de dénoncer la fin de la trêve hivernale mais aussi les pratiques de discriminations à Habitat Toulouse révélées récemment par Mediapart.

En installant des tentes sous les fenêtres de la mairie, une centaine de personnes, militant-es, bénévoles et familles sont venus alerter sur les possibles remises à la rue à partir du 1er avril. Ils demandent à la ville de Toulouse, ville pilote du plan « Logement d’abord » de prendre un arrêté anti-expulsions locatives et de trouver des solutions pérennes pour les personnes résidentes en hébergement d’urgence.

Toutefois, les premières mesures voient déjà le jour dans la ville rose avec la fin du plan hivernal : un premier gymnase hébergeant 50 hommes isolés a été fermé lundi 26 mars. Un autre, d’une même capacité, sera fermé ce jour, mardi 3 avril d’après des travailleurs sociaux du 115. Au total, ce sont déjà 100 personnes (hommes isolés) qui se retrouvent donc de nouveau à dormir à la rue le soir. Les prochain-es sur la liste pourraient bien être les familles mises à l’abri cet hiver dans des hôtels au mépris du droit à la continuité de l’hébergement. Mais Mr Moudenc, maire de Toulouse a le sens des priorités : il préfère proposer des salles municipales à la direction de l’université du Mirail bloquée par les étudiant-es afin d’assurer les cours et tenter de court-circuiter le blocage…

Concernant les expulsions locatives, chaque année,  près de 155 000 procédures pour loyer impayé sont lancées en France (+ de 44% depuis 2000).  Dans la grande majorité des cas, le tribunal prononce des décisions d’expulsions (environ 128 000 en 2016) qui ont abouti pour la moitié à des commandements de quitter les lieux. Et si environ 30 000 personnes partent « volontairement » de leur logement après des procédures difficiles à vivre et des pratiques d’ harcèlement de la part de certains bailleurs, 15 000 autres subissent des expulsions par la force, soit une augmentation de 50% depuis 2013. Cela fait 71 expulsions par jour par la force durant la période autorisée (1er avril-31 octobre).

D’après la rapport 2018 de la Fondation Abbé Pierre, les principaux facteurs déclenchant les impayés de loyer sont la perte ou changement d’emploi, des problèmes de santé, l’évolution de la situation familiale et le surendettement. Les personnes vivant seules sont les plus touchées (41%) avant les familles monoparentales (30%).

Et la situation risque de continuer de se dégrader pour les locataires. Déjà, depuis octobre 2017, les APL ont baissé de 5 euros. D’ailleurs le décret ne mentionne guère cette somme, il est indiqué que le gouvernement peut moduler cette baisse à sa guise. Rapportant pour se défendre que cela avait été voté par le précédent gouvernement et qu’ils étaient obligé de l’appliquer, le premier ministre aurait pu alors ne pas reconduire cette décision pour le budget 2018 mais c’était sans doute trop d’efforts…

Quant aux APL des locataires HLM ( la moitié des locataires est concernée), elles vont baisser de 60 euros début avril. Une perte comblée par les locataires par une « réduction de loyer solidarité » du même montant à la charge des bailleurs sociaux. Le gouvernement assure que cela n’aura pas d’impact sur le pouvoir d’achat des locataires. Pourtant, les bailleurs sociaux tirent eux-mêmes la sonnette d’alarme : sans cette rentrée d’argent, ils n’auront plus les moyens d’investir et d’entretenir les bâtiments ou alors ils vont augmenter les charges d’entretien au détriment des locataires.

Cerise sur le gâteau : le projet de loi Elan, discuté le mois prochain en conseil des ministres. Parmi les chapitres, la création d’un bail mobilité concernant les logements meublés pour une durée d’un à dix mois sous prétexte de s’adapter aux stages, contrats courts, étudiants. Là, on fragilise clairement le statut du locataire. Il existe déjà un bail étudiant de 9 mois alors pourquoi créer un nouveau bail « précarité » ?

Car derrière certains vont bien s’enrichir. Des résidences entières seront dédiées à ce type de projet comme le « Student Hôtel » à Toulouse, place de l’Europe, prévu pour 2021. Cet hôtel proposera des chambres et des studios pour étudiants durant l’année scolaire. Et l’été, place aux touristes avec des tarifs qui exploseront! Bling-bling dans les poches des promoteurs, société immobilière et propriétaires. La gentrification est en cours. Et toi étudiant, stagiaire, intérimaire, tu dégages pour deux mois, tu te démerdes, tu rentres chez tes parents ou tu pars en vacances ou tu te prends un AirBnB hyper cher…en tout cas ton contrat sera fini donc au revoir aussi les APL pendant deux mois et croise les doigts pour retrouver un logement à la rentrée car ce contrat ne sera a priori pas renouvelable. Et si il est renouvelé, sort le chéquier pour de nouveaux frais d’agence…

La politique du « Logement d’abord » du gouvernement Macron pourrait bien se transformer en « Tous précaires » alors que d’autres pistes pourraient être mise en place : encadrement des loyers, suppression de la caution locative et du CDI à tout prix demandé qui ne correspond plus à la réalité du marché du travail, arrêté anti-expulsions, réquisitions de logements vides, constructions de logements « très » sociaux, réhabilitation des vieux bâtiments pour contrer la précarité énergétique, etc.

Pour les personnes en difficulté, si votre propriétaire ou bailleur n’est pas conciliant pour un délai de paiement, n’hésitez pas à vous tourner vers une association près de chez vous ou appeler le 0810 001 505 (Fondation Abbé Pierre) ou le 0805 16 00 75 (Agence nationale d’information sur le logement) pour des conseils et des recherches de solutions.

Vous pouvez retrouver le rapport de la Fondation Abbé Pierre ici : http://www.fondation-abbe-pierre.fr/nos-actions/comprendre-et-interpeller/23e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-en-france-2018

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